
" Si le peuple s'aperçoit qu'au lieu de faire ce qui lui est utile, on cherche à lui plaire, il est normal qu'il ne conserve qu'une pauvre idée de ceux qui le gouvernent " ...
L'Histoire est parfois surprenante, ici en l'occurence plutôt décevante... 200 ans après cette phrase de l'Aigle d'Austerlitz, on s'aperçoit qu'elle est toujours d'actualité, que la manière de certains de faire de la politique frise encore une démagogie insupportable.
Le tourniquet de certains candidats à la présidentielle nous écarte en effet de l'essentiel : qu'attend donc le peuple de cette élection ? L'opinion mûrit. Notre " non " au traité constitutionnel européen, le " non " des instances olympiques à Paris, les émeutes de banlieues, le chômage de masse, le scandale d'Outreau, le désastre scolaire, la dégradation civique, la défonce des dépenses sociales, et surtout l'enlisement d'un pays qui ne vit que trop à crédit, toute cette cascade de revers commence à faire réfléchir.
La France a aujourd'hui les finances de Louis XVI. L'actuelle dette publique - et, plus inquiétante encore, celle de nos engagements futurs - apprend aux Français qu'au train actuel leurs enfants naîtront ruinés ; qu'eux-mêmes devront travailler plus s'ils veulent éviter la faillite de leurs retraites ; qu'ils devront réduire le fardeau écrasant et éprouvant pour l'Etat d'une assistance permanente : " se prendre en charge, et pas charger l'Etat ".
" Les Français sont moroses et inquiets : moroses parce qu'inquiets , et sans doute aussi inquiets parce que moroses " écrit Michèle-Alliot Marie dans son dernier ouvrage, Le Chêne qu'on relève. Alors, il s'établit en France ce sentiment étrange que la France va plus mal que les Français ; que l'optimisme individuel des citoyens cohabite désormais avec un pessimisme collectif impressionnant. Les Français accordent de moins en moins confiance à des dirigeants logés, pensent-ils, sur une autre planète, avec une France au passé désenchanté, désormais acablée jusqu'à des tonalités absurdes par des culpabilités historiques. Les erreurs du passé modifient le présent, par conséquent l'avenir : en ce sens là, cap sur l'espérance collective. On pressent dans tout le pays une montée en pression, dont l'origine seraient les évènements du printemps prochain. Comment ? Pour qui ? Par qui ? On l'ignore encore, mais les lignes bougent, ont tendance à se bousculer même, dans la précipitation d'un changement collectif attendu, espéré.
Cependant, le désarroi idéologique de la droite et de la gauche ébranle l'électorat : la gauche socialiste patine de n'être ni gauchiste ni sociale-démocrate, et les citoyens ne se retrouvaient plus trop dans la tendance un peu trop libérale de Nicolas Sarkozy... Mais le soutien de Michèle Alliot-Marie au ministre de l'Intérieur a tempéré la donne, avec un ajout de convictions gaullistes au programme de l'UMP. Néanmoins, si on regarde le taux d'abstention pur et simple, la désaffection des électeurs pour ces deux camps de pouvoir réduit dangereusement la participation républicaine : c'est, en conséquence, toute une France qui peine dans " les terrains vagues de la démocratie ". De plus, les deux extrêmes ratissent une part notable de l'électorat : 30% au premier tour de la dernière élection présidentielle ! Echappée maléfique des deux bords extrêmes, qui, malheureusement, s'agglutinent dans des aversions dangereuses pour les valeurs démocratiques de notre société...
Face à ces égarements, certains candidats doivent faire preuve de sagesse dans cette course effrénée, prendre en compte certains dangers considérables pour la démocratie de notre pays et cesser le divorce permanent avec la vérité. Ce n'est donc pas en cultivant l'illusion d'une démocratie participative ou en prônant la Réforme à tort et à travers que le débat progressera...
Avant l'élection, il restera bien des vérités à exhiber au grand jour : qu'il faudra réduire considérablement les dépenses publiques, retarder l'âge de la retraite, desserrer désormais l'étau des 35 heures, prendre conscience de l'affaiblissement du système européen, et j'en passe... Peut-on les cacher ? Autrement dit : le peuple français est-il enfin mûr pour son heure de vérité ? Qui sait ?
Il est pourtant grand temps que chacun s'active à la machine collective, en même temps que les profits individuels, pour ne laisser personne au bord du chemin...
L'Heure du Chêne a sonné, il est grand temps de le relever...
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