
Hier soir dimanche, de 18 à 19h, Michèle ALLIOT-MARIE fut l’invitée de Jean-Pierre Elkabbach, dans l’émission Le Grand Rendez-Vous d’Europe1, et de ses collègues Philippe Dessaint et Dominique de Montvalon, rattachés respectivement à TV5 et au Parisien.
Plusieurs sujets furent évoqués, ce qui fait qu’au total cette petite heure fut des plus denses.
On ne pouvait faire l’impasse sur la question Papon, même si ce fut au détriment, et c’est bien malheureux, d’autres, que le Ministre aurait d’ailleurs souhaité aborder, telles l’éducation ou la jeunesse. MAM a rapidement donné son sentiment sur cette polémique qui justement ne mérite pas, selon elle, d’en être une, ou du moins de susciter tant de commentaires, au final répétitifs, excessifs, et enfin déplacés. La mort est affaire intime, privée : pudeur et réserve sont de rigueur. « La République a fait son travail, et elle l’assume ».
Fort heureusement, les journalistes passèrent rapidement à plus intéressant.
Suite aux propos pour le moins caricaturaux de l’ineffable égérie de la Gauche, qui répétait à l’envi qu’elle préférait consacrer le budget de construction d’un second porte-avions aux problèmes d’éducation, il fut question de la politique de défense et de l’opportunité, justement, de ce projet. Fustigeant la méconnaissance, pour ne pas dire la complète ignorance des dossiers, qui devient la marque de fabrique de Ségolène Royal, MAM a répété que le monde actuel, infesté de menaces d’un genre nouveau depuis le 11 Septembre, exigeait que chaque Etat se dote des moyens de sa défense. Un choix entre sécurité et éducation relève de l’inconscience. Les deux ne sont-ils pas absolument nécessaires ?
Quant à l’idée d’une construction et donc d’un financement partagés avec le Royaume-Uni, là encore il convient de surveiller ses propos : partager un porte-avions avec les Britanniques est tout bonnement impossible, puisque les avions eux-mêmes sont différents. Les appareils britanniques, à décollage vertical, n’ont précisément pas besoin d’une piste de porte-avions, puisque ce fut le but même d’une telle innovation. Idem pour les avions espagnols et italiens. La différence est que seule la France, précisément grâce à son porte-avions, dispose d’une force de projection similaire à celle des Etats-Unis. D’ailleurs, est-ce un hasard si la première puissance mondiale a justement fait le choix d’un équipement impressionnant en porte-avions, afin d’être présente sur tout le globe, tout en assurant l’entretien des bâtiments qui l’exigent ?
Un second porte-avions permettrait justement de ne pas voir notre aviation bêtement clouée au sol pour la simple raison que l’unique bâtiment se trouve en entretien.
Puis vinrent les questions de politique internationale. Michèle ALLIOT-MARIE a insisté sur le fait que la voix de la France est écoutée, que son avis est demandé, systématiquement. Contrairement, donc, aux critiques récurrentes qui se moquent de la prétention française à être encore une puissance internationale, une « grande puissance », la France reste bel et bien perçue comme un pays qui compte, tant par sa diplomatie que par sa capacité d’intervention.
L’opposition ferme, traduite par un veto si retentissant à l’ONU, à la guerre en Irak remua l’opinion européenne et mondiale. La souveraineté du choix français a fait des vagues, jusqu’aux Etats-Unis, jusqu’au sein de la population américaine, et, actuellement, les plus hauts dirigeants du pays reconnaissent tout bas et de façon détournée que « leur » guerre était une erreur, et que la France avait raison…
Chose que Nicolas Sarkozy a admise dans ces termes mêmes, faisant ainsi sienne une des idées phares de MAM. Ses relations avec Nicolas Sarkozy intriguaient visiblement les trois journalistes. L’adaptation est allée dans le sens de Michèle ALLIOT-MARIE. Pour preuve, le discours du candidat de l’UMP lors du Congrès du parti, le 14 janvier : d’atlantisme, il n’y avait plus la moindre trace. Entre autres. Nicolas Sarkozy s’est trouvé bien obligé d’abandonner certaines de ses idées : discrimination positive, communautarisme, ou encore réforme façon « tabula rasa » des institutions de la Ve République retournèrent au placard.
Une manière, donc, de reconnaître que cette élection, ne lui en déplaise, ne se fera pas sans les gaullistes, sans les chiraquiens, aussi, peut-être.
Pour finir, Jean-Pierre Elkabbach s’est intéressé à l’avis de MAM sur une éventuelle candidature de Jacques Chirac, et, s’il décidait de se présenter à nouveau, sur la position qu’elle adopterait. Question superflue, parce qu’elle y avait déjà répondu, de la seule façon possible, à savoir que justement la réponse ne lui appartenait pas. Cette réponse sera donnée par qui de droit : le principal intéressé ! Nous attendrons donc la fin du mois pour savoir. Quoi qu’il en soit, Michèle ALLIOT-MARIE en a profité pour rendre hommage au Président, saluant l’homme de diplomatie et d’humanité, et espérant que la postérité lui serait reconnaissante de son immense action au service du pays.
Enterrer si vite l’ère Chirac, voilà qui est en effet illusoire. Outre les politiques qui se battent pour son fauteuil, les Français eux-mêmes sont les grands spécialistes en la matière : ils brûlent aussi sec ce qu’ils adoraient la veille. N’oublions pas, malgré les critiques qui abondent sur le Président et sa gestion de la France pendant 12 ans, que Jacques Chirac fut élu. Par 2 fois. Certes, le score du second tour de 2002 ressemblait à celui d’un dictateur africain ; il n’empêche : il semble bien qu’au premier tour il soit arrivé en tête… Sans parler de 1995 et de l’euphorie générale dans les rues parisiennes, d’autant plus que l’affaire semblait bien mal engagée.
Michèle ALLIOT-MARIE a fait preuve ce soir d’une très grande clarté de propos, que ce soit sur les questions en rapport direct avec sa fonction de Ministre de la Défense, ou sur celles qui concernaient cette campagne. Elle connaît ses dossiers, indubitablement. Sa compétence à la tête de son ministère fait l’unanimité, et l’on sait pourtant comment les militaires, impitoyables, auraient pu réagir face à une femme. Son expérience des affaires internationales lui a permis, à plusieurs reprises, de corriger les propos de Ségolène Royal -en fait, rigoureusement à chacun des déplacements de la candidate du PS. Nicolas Sarkozy a bien compris qu’il devrait dorénavant compter avec elle, et avec ses convictions, s’il veut briguer l’Elysée de façon crédible.
Gageons que le gaullisme moderne est voué à un bel avenir, gageons que Michèle ALLIOT-MARIE saura permettre d’éviter le pire : un nouveau gouvernement socialiste, partisan d’une étatisation absolue du pays, avec Ségolène Royal à sa tête. Image des Français face à eux-mêmes, en miroir, vitrine de la France à l’étranger… de belles boulettes en perspective ! Mais, plus grave, 5 ans d’errements qui suffiront à faire regretter aux Français d’avoir été, un certain jour, frileux.
Le discours d'hier soir fleurait bon l’ambition et la fierté nationale, la confiance en nos capacités, en nos valeurs, en nous enfin. En somme, une certaine idée de la France.
Aucun commentaire pour cet article
| Août 2008 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | ||||
|
||||||||||
Commentaires